Pre-pilot
Résumé
Ce documentaire explore les intrications de l’identité culturelle et de l’appartenance à travers mes expériences personnelles en tant que membre de la diaspora. Il examine comment l’oralité et la narration ont façonné mon identité et ma compréhension du monde. À travers des réflexions intimes et des interviews, le documentaire met en lumière les défis et la résilience des personnes naviguant entre plusieurs cultures. Il invite les spectateurs à entreprendre un voyage de découverte de soi et d’exploration culturelle, en explorant la question : “Suis-je le gardien de ma culture ?”
Points clés
- Oralité et identité culturelle : L’utilisation des traditions orales et de la narration a été fondamentale dans la construction de l’identité culturelle et du développement personnel de la narratrice.
- Expérience de la diaspora : Ayant grandi dans une diaspora, la narratrice a rencontré des défis d’identité et d’appartenance, se sentant souvent comme une étrangère dans différents contextes culturels.
- Luttes et résilience : Malgré les défis rencontrés, la narratrice vise à encourager les autres à partager leurs histoires, mettant en lumière la résilience et la force de ceux qui naviguent dans les complexités de l’identité culturelle.
- Complexité de la troisième culture : Le concept de “troisième culture” n’est pas seulement une théorie mais une expérience vécue, représentant le mélange de deux mondes et la construction d’une identité unique.
Transcript
[PILOTE] Bonjour et bienvenue à l’aéroport national John F. Kennedy de New York.
[MAMAN] Coucou maman à moi, ça va?
[MAMAN] Ma maman à moi.
[PAPA] Coucou, comment ça va?
[MAMAN] Ça va? Ça a été? Tu as passé une bonne journée?
[PAPA] Bon j’espère que tout va bien pour toi.
[MAMAN] Tu es où, en cours ou à la maison?
[PAPA] J’espère que toi aussi tu as passé une bonne journée. Aujourd’hui c’était ma rentrée, alors, comment ils font fait conduire, en tout cas. Je suis partie jusque dans le 77, je suis revenue sur Paris, j’ai fait le tour de Paris. Ah je suis fatigué, je regrette que mes vacances soient finies.
[MAMAN] Bon si tu as mon message, si tu as le temps, tu me fais signe ou tu me rappelles.
[PAPA] Bon, je te laisse, force à toi.
[MAMAN] Que Dieu te garde là-bas, hein mama. Allez, bisous.
[PAPA] Ah oui, de toute façon nous c’est 23h, la bas c’est 17h je crois oui. Je pense que je vais retourner en vacances.
[MAMAN] Je t’aime mon bébé, allez, à plus.
[Bip sonore] Le numéro que vous avez composé est soit non attribué ou hors zone de couverture, veuillez vérifier le numéro et composez le à nouveau. [Bip sonore]
[Insertion de cassette]
[Gazouillement d’oiseaux] [Musique – Retire Final]
[NARRATION] Dans ma vie, “assez” a souvent été un mot hors de ma portée. On me disait que je n’étais pas assez grande, pas assez belle ou encore pas assez intelligente. J’avais toujours l’impression de manquer de quelque chose, de rater la cible.
[Bip sonore] [Bip sonore] [Bip sonore]
[Insertion de cassette]
[JESSIE] Je me souviens que, par exemple dans mon cas et dans le cas de plusieurs, de beaucoup de jeunes issus de l’immigration, j’ai obtenu la nationalité française quand j’avais treize ans. C’est le droit du sol. Et je me souviens que la scène, elle était hyper brutale parce que ben moi, comme j’ai dit, j’avais pas de notion spéciale du fait que je n’étais pas spécialement française, mais je ne suis pas spécialement congolaise. Et du coup lorsqu’on arrive dans ce bureau et qu’on te demande ben pourquoi, pourquoi enfin, qu’est ce qui se passe en fait aujourd’hui ? Pourquoi tu es dans ce bureau etc et t’as juste douze, treize ans franchement t’en sais rien quoi genre toi pour toi t’es français sur tes papiers il y a écrit que t’es congolais mais tu comprends pas trop et du coup tu dis enfin moi ce que j’ai répondu à la dame. Je me souviens je lui avais dit ouais ben pour les papiers et elle est partie dans un truc en mode c’est pas pour les papiers, c’est bien plus c’est la nationalité. J’étais, je regardais mes parents en mode. Ouais enfin je comprend pas pourquoi elle me crie dessus. Enfin je comprends vraiment pas. Enfin je comprends absolument pas le fait. Enfin le fait qu’elle soit en train de me dire qu’il faut que l’acte que je suis en train de poser là, c’est pour, entre guillemets, devenir française alors que je suis française parce que j’ai toujours vécu en France. Enfin, je pense que j’ai bien, comment dire, j’ai bien imprimé les valeurs de la République un peu toute ma vie. Donc ça a été quand même un choc et je trouve que c’est assez représentatif du fait d’être enfant d’immigré dans ce pays, c’est qu’il faut toujours prouver le fait que tu mérites le fait d’être français en fait.
[Cassette]
[Bruit de gazouillis d’oiseaux] [Musique]
[NARRATION] Toute ma vie, j’ai porté ce sentiment de manquer de quelque chose. La diaspora, ce regroupement de personnes qui changent de pays, ce regroupement de personnes qui ont grandi dans des pays spécifiques aux traditions et foyers ethniques. Les moqueries, le ridicule, la honte. En tant que membre de la diaspora, qui suis passée par différents pays et différentes cultures, j’ai appris à faire des compromis avec moi-même pour arriver à me faire comprendre. Je me suis comportée en fonction des endroits où je me trouvais, cherchant toujours à m’adapter afin de m’intégrer, afin d’être acceptée. Néanmoins, même au milieu de mes pairs, je ne trouvais pas mon confort.
Dans les rues animées de la ville, je me suis souvent perdue dans des pensées puisant leurs origines dans le sentiment de complexité que de grandir en tant qu’enfant d’immigrés. Le concept de “troisième culture” n’est pas simplement une théorie pour moi; c’est la construction de mon identité, tissée par les fils de deux mondes.
[GRACIA] Alors je fais partie de ce qu’on appelle plus communautairement la diaspora car je suis congolaise descendante de parents congolais d’origine et de nationalité, anciennement de nationalité congolaise qui ont émigré en France. Donc moi je suis née française mais les origines congolaises restent quand même comme j’ai dis dans la peau, dans le sang, et même dans la culture. Donc je me considère vraiment comme une congolaise mais de la diaspora car c’est clairement ce que je suis, une congolaise à l’étranger.
[NARRATION] En grandissant, j’ai été confronté constamment au questionnement de mon identité. “Tu te considères française?” me demandaient-ils. La vérité est que, je ne me suis jamais sentie comme appartenant à un simple boîte. Élevée dans une ville ne donnant que peu de chances en termes d’opportunités, mes parents ont fait des sacrifices énormes pour assurer à mes frères et sœurs et moi-même une chance d’un meilleur avenir. Malgré leurs efforts, je me suis souvent sentie comme une outsider dans un milieu privilégiée, ne trouvant aucun autre visage familier au milieu de mes pairs qui pourraient comprendre mes luttes et dilemmes.
Le défi quotidien a été de naviguer dans ce parcours d’assimilation de la langue et de la culture. Bien que parlant couramment plusieurs langues, je ne me suis jamais sentie chez moi nulle part. Je suis allée jusqu’à effacer des parties de ma personnalité afin de convenir à un moule où je n’avais pas ma place. Mais au fond de moi, j’aspirais à plus qu’une tolérance superficielle, je rêvais de ce sentiment d’appartenance qui dépasse les frontières et les limites territoriales.
[GRACIA] Alors oui j’en ai eu l’occasion d’en parler avec des amis d’autres pays hein mais c’est un sentiment assez récurrent et assez partagé de se demander mais d’où on vient finalement. Est ce qu’on serait pas apatride entre guillemets, entre grandes caricatures hein. Mais de ce dire qu’on est pas totalement français on est noir de peau, on nous rappelle constamment que la France nous a accueilli, a accueilli nos parents mais en même temps on est pas forcément africain non plus, peu importe du pays d’où on vient parce qu’on y vit pas, on connait pas les réalités. Quand on arrive la-bas, on est francais, on est blanc, malgré ta couleur de peau peut être très foncée mais tu seras toujours le blanc parce que tu viens d’Europe, tu viens de l’extérieur. Donc il y a quand même ce trouble identitaire, ce sentiment de trouble identitaire, de perte des origines, des racines, se fait beaucoup ressentir, que ce soit, je l’ai déjà ressenti, j’ai déjà eu à le ressentir et à l’expérimenter et même à l’exprimer en vrai avec des amis et j’ai déjà entendu des personnes de mon entourage en parler et témoigner du fait que oui…
Alors que je marchais dans les rues familières de ma ville, je ne pouvais m’empêcher de me sentir étrangère, avec un désir d’aller dans un lieu où je me sentirais comme à la maison. Et pourtant, même sur la terre de mes ancêtres, je savais que je serai considérée aussi comme une étrangère, ayant abandonné certaines parties de moi-même pour rentrer dans le moule de la culture occidentale. J’étais piégée entre deux mondes, me sentir chez moi nulle part et partout à la fois, continuellement être une outsider dans ma propre vie.
[Interférence de radio] [Insertion de cassette]
[GRACIA] Je suis proche de ma culture (congolaise) comme je l’ai dit au début, avec la nourriture, la musique, les théâtres, culturellement…
[JESSIE] Je trouve que c’est quand même une richesse et une chance d’avoir cette sorte double nationalité qui n’en est pas vraiment une, je trouve que c’est une chance de pouvoir, en fait je trouve qu’il y a une certaine ambivalence, genre on a grandi avec cette culture française et on rentre à la maison on a cette culture congolaise qui nous attend en fait, et au final ça fait un métissage.
[Cassette]
[Musique Massu Franco]
Mais au milieu de cette lutte, j’ai trouvé un réconfort dans les témoignages similaires de certains, qui comme moi, connaissent ces complexités liés à la troisième culture. Au travers de mon projet, j’ai visé la mise en lumière de ses expériences partagées, afin d’ouvrir un dialogue concernant la notion d’appartenance, et de célébrer la force et la résilience de ceux qui, comme moi, sont passés par là.
Mon voyage continue, une quête d’identité et d’appartenance qui se focalise d’autant plus sur la destination que le voyage en lui-même. Et alors que je traverse les complexités de la troisième culture, je le fais avec la conscience que mon histoire n’est qu’un fil au travers de la riche tapisserie de l’expérience humaine. Une tapisserie tissée grâce au fil de multiples expériences, qui ont chacune contribué à créer une mosaïque mondiale.
Ainsi, alors que je regarde à cette ville, je ne vois pas que des rues et gratte-ciels, mais je vois aussi le reflet de ce voyage, un voyage de découvertes internes, de résilience, et de la beauté d’embrasser une culture qui n’appartient qu’à moi.
Ainsi pendant ce voyage, je souhaiterai que nous grandissions ensemble, examinions ce que nous transportons avec nous depuis si longtemps et mettions des mots sur ce qui a été tu jusqu’à présent. Venez avec moi dans ce voyage initiatique. La question principale à laquelle nous chercherons à répondre est la suivante “suis-je le gardien de ma culture?”
[Musique Massu Franco]
Mots clés
Identité culturelle / Expérience de la diaspora / Traditions orales / Troisième culture / Identité et appartenance / Expérience des immigrants / Communication interculturelle / Récits / Patrimoine culturel / Résilience et empowerment